Maladies rares > Le patient X
Le Dr Michael Benitez est un homme persévérant. Cardiologue et professeur adjoint, il devra résoudre une énigme posée lors d'un colloque de pathologie clinique. Il lui est soumis un cas difficile dont il devra donner la solution devant tous ses collègues et les étudiants. Le dossier est simple et ne contient qu'une page et demi. Le nom du patient, qui doit rester confidentiel, est désigné par de simples initiales; E.P. Il s'agit d'un homme, âgé fin de la trentaine, trouvé inconscient dans une rue de Baltimore. Transporté à l'hôpital, le patient reste dans le coma jusqu'à trois heures du matin. Il se réveille ensuite, tremblant, délirant, hallucinant. Le malade transpire abondamment et son pouls est irrégulier. Pendant de longues heures, l'homme continue de divaguer. Puis le patient se calme, retrouve la raison, mais déclare ressentir des maux de tête et d'estomac. Il n'a pas eu conscience jusqu'à présent de ses malaises et d'avoir été tranporté à l'hôpital. Dans la soirée, son état s'aggrave, l'homme refuse l'alcool qu'on lui propse et se contente d'eau, mais présente de la difficulté à avaler. Il devient ensuite confus, a la respiration courte, recommence à délirer et décède quelques heures plus tard.
Le dossier mentionne que l'homme est sobre depuis six mois suite à une longue période d'alcoolisme. Le patient a également déjà consommé de la drogue, souffert de dépression et a été atteint du choléra. Voilà les données que possède le Dr Benitez et il a à peine quelques semaines pour résoudre l'énigme suivante; de quelle affection a souffert ce patient ? Le médecin suit plusieurs pistes; un traumatisme, une intoxication à l'alcool, une maladie infectieuse... Fièvre jaune et malaria sont parmi les suspectes, mais l'individu n'a fait aucun voyage à l'étranger. Il manque également des résultats d'analyses concernant ce patient, pourquoi donc n'y a-t-il pas de scanographie ? Le Dr Benitez en effet n'est pas informé de l'époque à laquelle vivait le patient X. Mais il raye bientôt de sa liste les maladies suspectées, les symptômes décrits ne correspondent pas. Puis la difficulté à avaler, notée chez le patient, lui revient en mémoire. Et s'il avait la rage ? Cette maladie se rencontrant aujourd'hui plus rarement aux États-Unis, le médecin doit s'aider de volumes médicaux, mais les symptômes observés semblent le mettre sur la bonne piste. L'individu doit avoir été en contact avec la salive d'un animal contaminé pour être victime de cette maladie, mais le dossier ne mentionne aucune morsure. Alors qu'en est-il ? Enfin, le cardiologue découvre que la période d'incubation de la rage peut s'étendre sur une année ou plus, le patient peut donc avoir été mordu plusieurs mois avant que les symptômes ne se manifestent et ne plus s'en souvenir ! Le médecin est donc maintenant certain de son diagnostic, le mystérieux E.P. était atteint de la rage. Historiquement, cet homme célèbre était décédé des suites de son alcoolisme, mais l'enquête du Dr Michael Benitez révéla que l'écrivain Edgar Allan Poe était bel et bien mort de la rage !
La rage est une maladie virale touchant les mammifères dont l'homme. Entre 40 000 et 70 000 personnes décèdent de la rage chaque année principalement en Afrique et en Asie. Un animal infecté par le virus de la rage peut commencer à l'excréter jusqu'à quizne jours avant les premiers signes cliniques, le virus est alors présent dans les muqueuses et les selles de l'animal. La transmission se fait habituellement par une plaie de la peau, telle une morsure ou un contact avec les muqueuses buccales ou oculaires. Mais il peut également se produire une transmission par les airs, en effet il fut noté deux cas de spéléologues ayant contracté la rage après avoir été en contact avec de l'air provenant de lieux de résidence de chauve-souris enragées. Cette maladie peut donc se transmettre par morsure mais aussi par simple léchage, le virus pénétrant directement ou indirectement le système nerveux périphérique. Il voyage ensuite le long des nerfs vers le système nerveux central et à ce moment, il est difficile de le détecter chez l'hôte. C'est lorsque le virus atteint le cerveau et provoque rapidement une encéphalite que les symptômes appraissent, il peut également infecter la moelle épinière provoquant une myélite (inflammation de la moelle épinière). La période d'incubation est le plus souvent de trois à douze semaines mais peut atteindre deux ans. Ce fut le cas chez Edgar Poe. Il est observé chez la personne atteinte une ataxie généralisée (troubles de la motricité), de l'hyperesthésie (exagération de la sensibilité), des douleurs cervicales et une hyper salivation marquée. Chez les carnivores, il peut y avoir un comportement agressif mais ce n'est pa systématique. Chez l'homme sera observé de l'anxiété, de la confusion, de l'agitation avec troubles du comportement, des hallucinations, des insomnies et un éventuel délire. Il y aura également présence d'une production de grande quantité de salive, de larmes et des difficultés à déglutir. Puis vers la fin de l'affection, sera remarquée de l'hydrophobie, soit une peur irraisonnée à la vue de liquide dont le contact entraine une sensation de brûlure insoutenable. La mort survient de deux à dix jours après l'apparition des premiers symptômes. Dans un tiers des cas la maladie prendra la forme d'une paralysie ascendante ressemblant au syndrome de Guillain-Barré. Jusqu'à ce jour, selon mes informations, seules trois personnes à travers le monde ont survécu au virus de la rage sans avoir reçu de vaccin antitétanique.